Les intéressants

les-interessantsLes intéressants de Meg Wolitzer retrace la vie d’un groupe d’amis sur une période de 40 ans dans le New York des années 70 jusqu’à nos jours. Julie, Ethan, Ash, Jonah, Goodman et Cathy se rencontrent alors qu’ils ne sont que des adolescents à Spirit-in-the-woods, un camp d’été destiné à accueillir des adolescents souhaitant développer leur fibre artistique. Ash est passionnée de théâtre, Julie se découvre un talent pour la comédie, Ethan a trouvé sa vocation dans l’animation et Cathy dans la danse. Rien ne semble séparer Jonah, le fils d’une célèbre chanteuse folk, de sa guitare, et Goodman quant à lui place ses rêves dans l’architecture. Goodman Wolf est le frère aîné d’Ash, et ensemble ils forment le noyau du groupe autour duquel gravitent les autres. C’est chez eux, au “Labyrinthe”, leur opulente demeure new-yorkaise qu’ils se retrouvent régulièrement durant l’année, une fois les vacances terminées. Julie, issue d’une famille modeste de la banlieue new-yorkaise est fascinée par la vie que mènent les Wolf et n’aspire qu’à une chose, se rapprocher le plus possible de cette famille, et en devenir un membre permanent. Au cours des années suivant leur rencontre, des couples se forment et se séparent, certaines amitiés se consolident, d’autres gardent leur caractère indéfinissable. Alors qu’ils ne sont encore que lycéens, un évènement tragique vient secouer brutalement leur amitié, et comme c’est souvent le cas dans ce genre de situation, des alliances se créent et le maillon le moins solidement attaché au noyau se brise. “Les intéressants”, nom vaniteux donné à leur groupe au cours de l’été de leur rencontre, poursuivent leur vie, grandissent, tirent des leçons de leurs expériences, et entretiennent leur amitié comme on arrose une jolie fleur un peu toxique dont le parfum est si envoûtant qu’il est difficile d’y renoncer. Certains mènent des vies “normales”, d’autres atteignent des sommets. Les uns envient les autres, se laissant aller parfois à franchir le pas de la jalousie malsaine et contre-productive, une jalousie teintée des aspirations déçues d’éternels adolescents insatisfaits.

Cette fresque de vie peinte sur un peu plus de 700 pages se lit sans déplaisir malgré les longueurs, les répétitions et certains artifices mis en place par l’auteur parfois peu convaincants. Les allers-retours dans le passé s’entremêlent, sans clairement se définir; le temps devient une gigantesque toile d’araignée connectant les vies des personnages entre elles par le biais d’évènements divers que l’auteur ne raconte jamais de façon linéaire. Si j’ai beaucoup apprécié cet aspect de la narration, celle-ci n’est cependant pas dépourvue de défauts. L’histoire est racontée à la troisième personne et se focalise tour à tour sur un personnage ou un couple en particulier, ce qui en soi peut être intéressant mais qui donne ici plutôt l’impression que l’auteur n’a pas été à même de choisir entre une narration extérieure et une alternance de points de vue. Cela donne l’impression d’être constamment dans une sorte de subjectivité “objectivisée”, créant une confusion et un agacement qui, même s’ils n’entravent pas le plaisir de lecture, demeurent gênants. Il y a également un décalage au niveau des personnages qui échappent souvent à leur auteur tant leurs façons d’être au monde et entre eux semblent se dissocier de ce que nous en dit le narrateur. Cela crée un sentiment étrange, et parfois inconfortable en ce qu’il nous fait remettre constamment en question notre ressenti de lecteur par rapport aux différentes personnalités de chacun.

Cependant, malgré ces éléments perturbateurs, Les intéressants reste un roman plaisant, qui se dévore avec appétit. Ses personnages ne sont pas particulièrement attachants, mais ils nous parlent de la vie et des compromis qu’elle nous force à faire avec nos rêves d’adolescent. Des petites joies et des drames du quotidien. De la frustration face à des sentiments incontrôlables. Des petites mesquineries aussi. Des secrets enfouis et de la vérité qu’on choisit d’ignorer par commodité. De la beauté des gestes simples et des regards qui disent tout. De l’imperfection de l’amour et de l’amitié. Tout ce qui nous forge finalement, nous façonne et nous fait devenir. Un roman idéal pour un moment de détente empreint de nostalgie et du goût amer des espérances déçues.

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Martin Eden

9782752905536L’une de mes résolutions pour 2017 est de partir à la découverte de la littérature américaine par le biais d’une démarche plus active, en me concentrant sur certains auteurs au cours de certains mois. C’est un projet que je partage avec une amie et qui nous tient à coeur de réaliser cette année. Pour le mois de janvier, nous avions décidé de nous concentrer sur Jack London, et ce fut l’occasion idéale pour moi de sortir de ma bibliothèque ce roman dont on m’avait tant vanté les mérites et que je me réservais pour je ne sais quelle occasion. Peut-être avait-il tout simplement pour vocation de me faire débuter cette année de lectures de la plus belle des façons, qui sait. Toujours est-il que c’est totalement ébahie, et encore nimbée d’un sentiment d’émerveillement que j’écris ce billet ce soir. S’il est indéniable que le temps doive faire son office pour juger de l’impact laissé par un roman, il n’en demeure pas moins que pour moi, il y a indiscutablement un avant et un après Martin Eden.

Martin Eden, jeune marin issu de la banlieue de San Francisco, se retrouve le temps d’un soir à la table d’une famille bourgeoise des beaux quartiers. Ce dîner est l’occasion pour Martin de découvrir un tout autre monde que le sien, où le calme règne, et où les livres se disputent l’espace avec l’art. C’est aussi lors de cette soirée qu’il fait la connaissance de la fille de la famille, Ruth, une jeune femme belle et cultivée dont il tombe immédiatement amoureux. Pour la conquérir, une seule solution s’impose à lui : s’instruire pour s’élever de sa classe et pouvoir un jour obtenir la main de celle qu’il a placée comme la récompense du travail acharné dans lequel il s’apprête à foncer tête baissée. Rapidement, Martin se rend compte qu’il dispose de facilités. Après avoir révisé sa grammaire et appris à s’exprimer comme on le fait dans les beaux salons, il s’attaque à la littérature, à la philosophie, aux sciences,… Il est avide de connaissances, et nourrit l’ambition de devenir un grand écrivain. Toutes ces découvertes provoquent chez lui un enthousiasme naïf et touchant, mais elles mettent surtout en marche l’incroyable dévouement de Martin pour l’écriture qui s’empare de lui comme une maîtresse dévorante, le tenant éveillé nuit et jour. Il se met au service de son inlassable inspiration, les mots défilent, et les pages se noircissent très rapidement. Chaque histoire est envoyée à toutes les revues littéraires du pays. Les refus s’accumulent, l’argent de sa dernière sortie en mer s’amenuise, et tous l’invite à “trouver un travail” car personne ne croit en ses aspirations d’écrivain. Ce combat envers et contre tous qu’il mènera jusqu’à la gloire lui laissera un goût très amer. Martin s’astreint à un rythme de travail effréné, il est possédé par un démon duquel il s’accommode très bien. Mais avec l’instruction et la gloire viennent également les désillusions. Le vernis qui enveloppe la bourgeoisie et le piédestal sur lequel Martin l’avait placée ne parviennent pas à préserver longtemps les illusions du jeune homme qui a tôt fait de se rendre compte de la futilité et de l’hypocrisie de ce monde, de son ignorance et ses mascarades. En raison de son intelligence exceptionnelle et sa capacité aiguë à percevoir les subtilités de la réalité qui l’entoure, Martin se rend compte peu à peu qu’il occupera toujours une place inconfortable, entre le monde qu’il a quitté et celui vers lequel il tend avec un enthousiasme de plus en plus désabusé.

On dit de ce roman qu’il est largement autobiographique, London ayant placé dans son personnage beaucoup de lui et de son parcours personnel en tant qu’écrivain. Lorsque l’on s’intéresse de plus près à sa vie, il est effectivement indéniable que Martin Eden soit fait de la même fibre que celle de son créateur. Cependant, ce dernier s’en est toujours défendu, ayant écrit Martin Eden comme une critique de l’individualisme exacerbé incarné par son héros qui rejette des valeurs auxquelles lui-même adhère. Il est souvent dit de Jack London qu’il est devenu Martin Eden, et qu’en l’écrivant, l’auteur a en quelque sorte scellé son destin. Le lecteur l’a reconnu en Martin, il l’est donc devenu. Ce qui est intéressant à mettre en parallèle, c’est ce sentiment d’incompréhension du public éprouvé par l’auteur. Martin ne comprend pas ce qui fait tout à coup son succès, pourquoi il est acclamé maintenant alors qu’il n’avait pas de quoi se nourrir quelques mois auparavant. Comme il le répète inlassablement “il avait déjà tout écrit”, alors pourquoi l’encenser maintenant, pourquoi s’arracher ces manuscrits rejetés des centaines de fois par le passé ? Une question qui tourne sans cesse dans la tête de notre héros, qui le hante et le tire peu à peu vers “le royaume des ombres”, un royaume fait de désillusions livrant un combat déloyal à l’idéaliste qu’il est. La gloire jette un visage nouveau sur le monde qui l’entoure, et l’argent ne peut pas grand chose face à la malédiction de l’artiste incompris.

Martin Eden est un roman extraordinaire, foisonnant d’idées, de réflexions sur la nature humaine, sur la société et ses classes, et sur la vie en général. C’est un roman qui épuise par son extrême vivacité, mais qui donne énormément de courage aussi. Martin ne perd jamais espoir, il fait preuve d’une ténacité irrépressible, d’une force de vie magnétique et d’un idéalisme fascinant. L’écriture est incroyable, vive, étourdissante. Elle nous immerge dans le monde de Martin, et nous fait ressentir toute une série d’émotions si intenses, si réelles qu’elles forment autour du roman une aura qui nous hante et nous change pour toujours.

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Mon année américaine

Comme j’en parlais dans mon billet sur mes résolutions, nous avons pour projet commun avec une amie de nous intéresser davantage à la littérature américaine et à ses grands auteurs, contemporains ou classiques. Nous avons attribué chaque mois à un auteur, histoire de pouvoir organiser nos lectures ; ce qui ne veut pas dire que je ne lirai pas certains auteurs avant ou après le mois qui leur est dédié. Ce calendrier est simplement là pour que nous lisions toutes les deux au moins un roman (pas forcément le même) de ces auteurs durant le même mois pour ensuite partager nos impressions de lecture.

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Voici notre calendrier :

JANVIER : Jack London
FEVRIER : Paul Auster
MARS: William Faulkner
AVRIL: Richard Ford
MAI : Jim Harrison
JUIN : Ernest Hemingway
JUILLET : John Irving
AOUT: Joyce Maynard
SEPTEMBRE : Joyce Carol Oates
OCTOBRE : Philip Roth
NOVEMBRE : Mark Twain
DECEMBRE : Richard Yates

Persephone books for 2017

En 2017, j’ai décidé de lire l’ensemble de ma collection de romans édités par la maison d’édition anglaise Persephone Books. De tous ces titres, je n’en ai lu qu’un seul (!) que j’ai d’ailleurs beaucoup aimé. En janvier, je compte lire Miss Pettigrew lives for a day de Winifred Watson. J’en ai 12 au total, ce qui est parfait pour les répartir sur l’année.

Voici la liste :

  • Cheerful weather for the wedding, Julia STRACHEY (Lu)
  • Miss Pettigrew lives for a day, Winifred WATSON
  • Mariana, Monica DICKENS
  • Someone at a distance, Dorothy WHIPPLE
  • High wages, Dorothy WHIPPLE
  • Greenbanks, Dorothy WHIPPLE
  • Little boy lost, Marghanita LASKI
  • Tea with Mr Rochester, Frances TOWERS
  • The fortnight in September, R.C. SHERRIFF
  • Patience, John COATES
  • The making of a marchioness, Frances HOGSON BURNETT
  • The world that was ours, Hilda BERNSTEIN
  • Good evening, Mrs Craven : The Wartime stories of Mollie PANTER-DOWNES

Mes résolutions pour 2017

Bonne année à tous !

Après mon billet reprenant mes meilleures lectures de l’année, il est temps aujourd’hui de faire honneur à une autre tradition, celle des résolutions du début d’année. Cette année, j’ai décidé de prendre des résolutions qui soient suffisamment larges et modulables pour les adapter à mes envies et ne pas en faire des fardeaux insurmontables. Je suis certaine que vous connaissez tous le syndrome de l’envie perdue une fois clairement formulée…

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Une année avec ma bibliothèque

Ma plus grande résolution pour 2017, et celle qui risque probablement de se montrer la plus périlleuse, est celle de réduire considérablement mes achats. J’appelle cette résolution affectueusement “une année avec ma bibliothèque”, car l’idée est réellement de passer une année en compagnie des livres que j’ai déjà. J’ai effectué un grand tri sur mes étagères en cette fin d’année (toujours en cours), et si beaucoup de livres sont partis, je me suis aussi rendue compte du nombre de romans qui sont déjà en ma possession et qui n’attendent qu’à être lus. Il serait toutefois peu réaliste de proscrire tout achat en 2017. Pour moi, ça serait simplement une raison d’envoyer valser ma résolution deux mois après l’avoir prise. C’est pourquoi je suis tentée par la “formule” mise en place par le blog Stuck in a book. Project 24 consiste simplement à n’acheter que 24 livres sur l’année, soit en moyenne deux livres par mois. Je trouve qu’il s’agit d’un bon compromis pour davantage cibler ses achats, tout en ne se frustrant pas excessivement. Cela ne concerne évidemment que les livres que l’on achète nous-mêmes, les cadeaux ne sont pas concernés (ouf). Je pense également appliquer une variante. L’idée serait que parmi les livres que j’achète, seuls ceux qui ne sont pas lus restent sur la liste des 24. Ainsi si j’achète trois livres, et que j’en lis un directement, le compte sera de 2. Cela permet d’élargir un peu les règles tout en m’encourageant à lire ce que j’achète dans la foulée. Un bon compromis en ce qui me concerne.

Bandes-dessinées, Persephone Books et cadeaux de Noël

Cette année, j’aimerais être à jour dans ma pile à lire de bandes-dessinées. Je n’en ai pas énormément qui ne soient pas encore lues, donc il s’agit d’un souhait tout à fait réalisable. Et parce qu’il n’est bien entendu pas envisageable de considérer cette option pour les romans, je ne l’applique qu’à une petite collection de romans édités par la maison d’édition anglaise Persephone books, spécialisée dans la réédition de romans oubliés du XXème. J’en ai une dizaine sur mes étagères, j’aimerais donc en lire environ un par mois pour être à jour dans ma PAL. Dans le même esprit, j’aimerais aussi que tous les livres que j’ai reçus à Noël soient lus pour Noël prochain.

Une année austenienne et… américaine

J’aimerais me concentrer sur certaines relectures cette année. Dans les projets livresques que j’ai vus passer sur la toile pour 2017, il y a celui de consacrer l’année à un auteur en particulier. 2017 marque le bicentenaire de la disparition d’une de mes écrivaines anglaises préférées : Jane Austen. J’avais donc comme projet de relire Persuasion, mon roman préféré de l’auteur dont c’est également l’anniversaire cette année, mais l’ambition et l’envie bouillonnante de relire tous ses romans (sauf Mansfield Park que je n’ai pas encore lu) ont dépassé mon entendement, et j’ai finalement décidé de faire de 2017 une année austenienne. Son oeuvre étant assez peu abondante, je pense que cela reste un projet tout à fait envisageable.

Mon autre projet est celui de partir à la découverte de la littérature américaine et de ses grands auteurs. C’est une envie que je partage avec une de mes amies, et nous avons attribué à chacun des mois de l’année un auteur à découvrir, variant entre classiques et contemporains. J’en ferai peut-être un billet sur le blog pour en dévoiler la liste. L’auteur du mois de janvier est Jack London. Au moment où j’écris ce billet, je suis plongée dans Martin Eden. J’en reparlerai sans doute, mais je suis complètement chamboulée par cette lecture qui me rend folle d’admiration.

Mes meilleures lectures de 2016

2016 aura été pour moi une merveilleuse année de lecture, faite de très nombreuses belles découvertes. Je me suis enfin autorisée à ne plus persévérer dans la lecture des livres qui ne me plaisaient pas – hormis circonstances particulières – et j’apprécie beaucoup ce nouveau rapport à la lecture décomplexé. Après tout, je lis pour mon plaisir, et tout ne peut pas me plaire, tout comme ce qui m’aurait plu il y a cinq ans peut ne plus m’enthousiasmer ni me toucher aujourd’hui. En 2016, j’ai également essayé de lutter contre ma manie de garder pour plus tard tous ces romans dont je sais qu’ils me plairont et auront probablement un impact notable dans ma vie de lectrice, que ça soit par la découverte d’un auteur en particulier, ou à plus petite échelle, par celle d’une histoire marquante. C’est pourquoi il n’est pas facile aujourd’hui de dresser un bilan et de me limiter à 10 livres ! Comme je n’ai pas chroniqué beaucoup de livres sur ce blog, c’est aussi l’occasion d’en dire quelques mots pour vous donner envie de vous y plonger en 2017 ! Il est possible que j’écrire des billets sur chacun d’eux par la suite, mais si le temps ou l’envie me font défaut, vous pourrez toujours vous référer à cette liste.

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10. Quand rentrent les marins d’Angela Huth

Quand rentrent les marins suit la vie de deux femmes de marins unies par une amitié solidement formée durant l’enfance. Angela Huth dépeint merveilleusement l’ambivalence des sentiments de chacune d’elles, l’atmosphère de ce petit village rythmé par l’activité du port de pêche, la rudesse et la beauté brute des paysages qui forment et déforment les personnages et leurs caractères. Un récit sur l’amitié brillamment mené qui m’a donné envie de découvrir d’autres romans de l’auteur.

9. La guerre des mercredis de Gary D. Schmidt

Ce roman se déroulant dans l’Amérique de la fin des années 60 est une petite pépite de la littérature jeunesse qui m’a enchantée et m’a rendue délicieusement nostalgique. On y suit les aventures d’Holling Hoodhood, un jeune garçon contraint de passer ses mercredis en compagnie de Mme Baker, son professeur de littérature qui, il en est sûr, le déteste ! Mais un jour, alors qu’il s’attendait à devoir nettoyer les tableaux, Mme Baker lui fait lire du Shakespeare. La guerre des mercredis est un roman touchant, drôle, et émouvant. Il fait désormais partie des romans jeunesse que je préfère, et en parler me donne déjà envie de le relire.

8. Les vies multiples d’Amory Clay de William Boyd

Présenté comme une biographie fictive, ce roman suit les aventures d’Amory Clay, une jeune femme née au début du XXème siècle qui se découvre rapidement une passion pour la photographie. Cette vocation la mènera aux quatre coins du monde et la fera vivre tous les grands évènements du XXème siècle à travers son objectif. William Boyd dresse ici un portrait de femme exceptionnel et passionnant.

7. Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby

Ce roman sorti lors de la dernière rentrée littéraire suit le parcours initiatique de Mathilde, une jeune fille dont le père tombe malade et dont la maladie plonge toute la famille dans une situation précaire. Mathilde décide de prendre les choses en main, de lutter contre le destin, et de réécrire la fin de l’histoire que tous avaient déjà écrite. Un paquebot dans les arbres est un roman triste, certes, mais la personnalité de Mathilde, sa force et son courage, le rendent lumineux.

6. Le château de Cassandra de Dodie Smith

I capture the castle, ou Le château de Cassandra en français, est une petite perle de la littérature jeunesse anglaise. Nous y faisons la connaissance de Cassandra, une adolescente qui vit avec sa famille dans un château délabré de la campagne anglaise des années 30, espérant qu’un jour leur situation précaire connaîtra une fin. Arrivent alors deux américains venus s’installer dans le manoir voisin… L’écriture de Dodie Smith capture parfaitement la voix de son héroïne, à la faire évoluer, comprendre, grandir. Un très beau roman d’apprentissage dans une ambiance anglaise délicieusement bohème.

5. Joséphine Baker de Catel et Bocquet

Ce roman graphique dresse le portrait de la célèbre Joséphine Baker, et en dévoile les multiples facettes. Un très bel hommage extrêmement bien documenté et extraordinairement passionnant. Je vous renvoie au billet qui lui est consacré pour plus de détails.

4. 1000 femmes blanches de Jim Fergus

Un de mes derniers coups de coeur de l’année. Découvrez la culture indienne de la fin du XIXème siècle à travers les écrits de May Dodd, une jeune femme qui s’est portée volontaire pour intégrer une tribu indienne afin de faciliter l’intégration des deux cultures. Brillamment écrit, poignant, fougueux et forcément tragique, 1000 femmes blanches est un très beau récit sur la différence, l’amitié, le respect et les grands espaces américains.

3. Ma cousine Rachel de Daphné du Maurier

Ma cousine Rachel raconte l’histoire de Philip, orphelin élevé comme un fils par son cousin Ambrose. Pour des raisons de santé, ce dernier se rend régulièrement en Italie. Lors d’un de ses voyages, il y rencontre Rachel qu’il épouse avant de mourir peu de temps après. Cette dernière quitte l’Italie pour l’Angleterre afin de venir y faire la connaissance de Philip qui est quant à lui persuadé qu’elle n’est pas pour rien dans le décès d’Ambrose. Son séjour constitue la parfaite opportunité pour la démasquer… Daphné du Maurier n’a pas son pareil pour installer une atmosphère oppressante, dresser des personnalités ambiguës et mystérieuses, laisser le doute planer. Le suspense psychologique est intenable et la fin nous coupe littéralement l’herbe sous le pied.

2. L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

J’ai moi aussi succombé en cette fin d’année à la Ferrante Fever en me laissant totalement emporter par ce premier tome de la tétralogie que comporte l’histoire d’Elena et de Lila. L’amie prodigieuse est la première partie d’un récit d’apprentissage se déroulant dans l’Italie de l’après seconde guerre mondiale, au sein d’un quartier de Naples dont les frontières semblent hermétiques au reste du monde. Nous y faisons la connaissance d’Elena, la narratrice, et de son amie Lila, deux jeunes filles brillantes rêvant silencieusement d’émancipation, assoiffées de savoir, rivales, unies, mais aussi toutes deux profondément attachées à leurs racines. L’auteure arrive à reproduire parfaitement le microcosme et la violence ordinaire du quotidien de ses héroïnes, tout en soudant finement la psychologie de sa narratrice, le tout dans une écriture belle et fluide.

1. Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

Mon grand coup de coeur de l’année revient à la lecture de ce roman extraordinaire qu’est Americanah, pour son héroïne principale, son parcours, son humour et son côté revêche qui nous la rendent tellement réelle. Pour les portraits qu’il dresse des Etats-Unis et du Nigéria, pour son intelligence, pour les sujets qu’il traite, pour son auteure, mais surtout parce que j’ai eu immédiatement envie de le relire à peine la dernière page tournée.

Je termine en mentionnant certains des autres titres qui ont fait mon année, et que je vous recommande aussi chaudement:

Le voyage dans le passé de Stefan Zweig, Price de Steve Tesich, Nos premiers jours de Jane Smiley, Les trois lumières de Claire Keegan, Les divins secrets des petites Ya-Yas de Rebecca Wells, A room of one’s own de Virginia Woolf, Jack Rosenblum rêve en anglais de Natasha Solomons, En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, Les jours sucrés de Loïc Clément et Anne Montel, Brooklyn de Colm Tóibín, Letters from Skye de Jessica Brockmole, The house on Mango Street de Sandra Cisneros (non traduit), Drôle de temps pour un mariage de Julia Strachey

L’amie prodigieuse

a13862En cette fin d’année, j’ai moi aussi succombé à la “Ferrante fever”. Premier volet d’une série de quatre romans, L’amie prodigieuse nous plonge au coeur d’un quartier de Naples, au lendemain de la seconde guerre mondiale. On y suit le quotidien de deux amies, Lila et Elena, la narratrice, deux fillettes très différentes, mais que l’intelligence et le goût pour l’instruction rapprochent. Lila est naturellement brillante, son esprit est vif, inventif et rebelle tandis qu’Elena apparaît davantage en retrait, plus effacée, mais plus concentrée et courageuse. Bien qu’elle soit elle aussi dotée d’une intelligence qui suscite l’admiration de ses professeurs, elle doit fournir plus d’efforts que Lila et s’astreint à un rythme de travail plus contraignant pour maintenir la comparaison. En réalité, cette compétition n’existe que dans l’esprit d’Elena sur qui Lila exerce une immense fascination. Elena et Lila sont toutes deux issues du même milieu populaire. Le père d’Elena est portier à la mairie, tandis que celui de Lila est cordonnier. Elles viennent toutes deux de familles nombreuses au sein desquelles les enfants sont avant tout considérés comme des sources potentielles de revenus, ou d’avancement grâce au mariage. C’est pourquoi, à la fin de l’enseignement primaire, lorsque leur maîtresse les encourage toutes deux à poursuivre leurs études au collège, leurs parents respectifs rejettent l’idée. Mais si les parents de Lila refusent catégoriquement que leur fille continue son éducation, ceux d’Elena finissent par se montrer plus réceptifs, et acceptent que celle-ci entre au collège. La compétition reste cependant de mise car Lila, privée de l’opportunité de faire travailler son esprit, fréquente assidument la bibliothèque du quartier. Les deux jeunes filles se réservent des moments privilégiés où Elena partage son apprentissage avec son amie qui poursuit quant à elle son éducation en autodidacte.

Au fur et à mesure qu’on avance dans le roman, nous nous immergeons dans la vie quotidienne de ce quartier populaire en apprenant les règles qui le régissent, tout en assistant à la violence quotidienne qui y règne, devenue ordinaire pour ses habitants. Elena et Lila tentent de s’émanciper de ces lois sociales étouffantes, particulièrement pour les femmes qui contrairement aux hommes n’avaient aucun pouvoir de décision. Elena suit la voie de l’instruction en apprenant à voir le monde à travers un autre prisme que celui modelé par sa famille, ses amis, son quartier. Lila, privée de cette opportunité, a rapidement compris que pour elle, l’élévation se ferait par une alliance intelligemment orchestrée.

Ce premier tome se concentre sur l’enfance des deux personnages principaux jusqu’à leur adolescence. L’histoire nous est racontée par Elena elle-même, ce qui nous fait entrer instantanément dans le récit, et expérimenter en même temps que les personnages leur quotidien et leurs sentiments. Nous découvrons Lila à travers les yeux de son amie et cela nous permet rapidement de nous rendre compte de la fascination que cette dernière suscite autour d’elle. Pourtant c’est surtout à Elena que l’on s’attache, à sa douceur, son intelligence discrète et son côté idéaliste. Elena ne cesse jamais de s’enrichir et se montrera toujours plus exigeante quant à son apprentissage, même lorsque Lila aura décidé de s’en éloigner. La personnalité de Lila est quant à elle plus difficile à cerner, et provoque chez le lecteur la même frustration que celle qu’éprouve parfois la narratrice. Ses humeurs changeantes, entre cruauté et générosité, lui donnent un côté imprévisible et indomptable; son intelligence quant à elle la rend prodigieuse. Pourtant on ne peut pas s’empêcher de déceler la fragilité qu’elle s’évertue à cacher derrière sa fierté. Peut-être cette impression est à mettre en relation avec la position de la narratrice qui ne raconte pas au présent, mais qui se remémore son enfance et celle de son amie. Cette façon de mettre l’histoire en scène lui permet de porter un regard différent sur l’histoire, le regard de celle qui sait ce qui s’est passé ensuite. Ce point de vue subjectif et partiellement omniscient crée un suspense qui semble se diriger vers une destinée tragique, ce qui donne d’autant plus de corps aux comportements parfois étranges de Lila et nous fait nous interroger sur ce que la vie lui réserve.

L’écriture d’Elena Ferrante est extraordinaire, simple et efficace mais pleine de finesse, que ce soit dans l’étude psychologique de ses personnages que dans sa capacité à recréer tout un quartier et donner vie à ses habitants. Elle ne s’appesantit jamais, les descriptions ne sont jamais trop longues, les évènements ne tirent jamais en longueur. Elle parvient à créer une véritable place à l’introspection tout en donnant à son récit une vivacité exceptionnelle. Ses personnages sont incarnés et présents, peu importe la désapprobation ou le sentiment de révolte qu’ils suscitent. L’auteur ne fait pas de compromis romanesque avec la réalité de l’histoire qu’elle souhaite raconter. J’ai adoré ce roman qui m’a d’ailleurs souvent fait penser au Lys de Brooklyn de Betty Smith, pour Elena, mais aussi pour le contexte social qu’il dépeint. Une comparaison qui est un gage de qualité à elle-seule car il s’agit là d’un de mes romans préférés. L’amie prodigieuse est donc un roman que je vous recommande vivement ! Le nouveau nom, le tome 2 de la série, devrait se trouver sous le sapin, et je ne pense pas que je pourrais attendre longtemps avant de m’y replonger !

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