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L’air d’été est rempli de promesses

51sd988jllJ’avais presque oublié à quel point il était agréable et réconfortant de se plonger dans l’univers d’Isabel Dalhousie. Dans ce neuvième tome, nous retrouvons notre héroïne sur le point de publier le prochain numéro de sa revue de philosophie appliquée. Alors qu’elle se rend à l’épicerie de sa nièce, Martha, une relation dont elle a bien du mal à qualifier la nature flottante, l’aborde. Une des connaissances de cette dernière s’est fait voler sa toile de maître la plus précieuse, et c’est bien entendu l’aide d’Isabel que le malchanceux cherche à obtenir. Voyez-vous, dans le grand village qu’est Edimbourg, la réputation efficace d’Isabel dans la conduite de ses petites enquêtes n’est plus à faire. Notre philosophe n’a même plus à se mêler de ce qui ne la regarde pas pour satisfaire son besoin d’aventures et nourir son esprit toujours en quête de nouveaux questionnements éthiques, ce sont les évènements qui viennent désormais à elle !

Les enquêtes d’Isabel sont excellentes car elles n’en sont pas vraiment. Elles se présentent surtout comme des opportunités pour l’héroïne de se poser tout un tas de questions sur tout un tas de choses, et ce tome ne fait pas exception puisqu’il pose la question de la propriété de l’art, mais également celle de sa légitimité. Comment appréhender un héritage (artistique, ou autre), lorsque ce dernier s’est construit sur des bases malhonnêtes, ou jugées immorales à l’heure actuelle ? Juge-t-on un héritage avec les valeurs de l’époque où il s’est constitué ou au moment où on en devient détenteur, parfois plusieurs générations plus tard ? Répondons-nous des actes immoraux de nos ancêtres ; est-ce les cautionner d’accepter ce qui en a ensuite découlé ? Questionnements que l’héroïne applique directement à elle-même puisqu’elle perçoit une rente dont les revenus étaient autrefois issus de plantations du Sud des Etats-Unis, et donc de l’esclavagisme. L’auteur n’apporte aucune réponse, il soulève simplement la problématique comme un exercice philosophique, sans que ça ne plombe le récit. Par ailleurs, il nous dévoile également avec ironie les procédés peu orthodoxes des compagnies d’assurance qui ne manquent pas d’originalité ni de culot lorsqu’il s’agit d’éviter de dédommager le vol d’un objet d’art de grande valeur. Et j’ose imaginer que cela ne vaut pas uniquement dans ce cas de figure…

A travers cette série, Alexander McCall Smith nous dépeint un style de vie, une façon de penser et d’envisager la vie de façon différente, en mettant à l’honneur la simplicité et la bienveillance, tout en ayant la décence de ne pas faire de son héroïne à la vie parfaite une sainte insupportable. Il s’échappe de ces bouquins à la fois la chaleur, la lumière et le crépitement d’un feu de cheminée qui ronronne. Ils sont pour moi à chaque fois une parenthèse m’emmenant loin du tourbillon de la vie contemporaine, et m’enveloppant dans l’amour qu’a l’auteur pour Edimbourg. A prescrire sans aucune restriction durant la période hivernale.