Hotel du lac

41gr7kizr8lJ’ai ramené ce court roman lors de mon dernier séjour à Londres, impossible de passer à côté puisqu’il était mis en avant dans quasiment toutes les librairies. Le décès de l’auteur quelques mois plus tôt a généré un nouvel engouement pour son oeuvre qui est en cours de réédition (en anglais du moins). Je ne connaissais Anita Brookner que de nom, et c’est cette nouvelle mise au devant de la scène qui m’a invitée à m’intéresser plus précisément à ses romans, et à Hotel du lac en particulier. Il était donc sur ma liste de romans à ramener de mon voyage, et quel plaisir de le voir si joliment mis en scène dans les grandes vitrines du Waterstones de Piccadilly. La librairie en faisait sans conteste sa recommandation pour cet été, et ce n’était pas la seule. J’ai donc décidé de ne pas trop tarder pour le découvrir. Le roman se déroulant à la toute fin de l’été, il n’y avait finalement pas de meilleure période que cette fin de mois de septembre ensoleillée pour m’y plonger.

Edith Hope, une femme d’une trentaine d’années, célibataire un peu banale, et auteure de romances plutôt appréciées du public, séjourne dans un hôtel au bord d’un lac en Suisse. La saison estivale touche à sa fin, et les résidents de l’hôtel se font rares. Seuls ceux dont le quotidien n’est pas soumis aux impératifs d’une vie active traditionnelle demeurent. Entre eux, se crée rapidement ce lien de connivence propre aux personnes ayant pour seul point commun de séjourner sous le même toit. Dès les premières pages, nous savons qu’Edith n’a pas choisi de se rendre de son plein gré à l’hôtel du lac, mais qu’elle y a été envoyée de force par une amie, après avoir été au coeur de mésaventures dont nous n’aurons connaissance que plus tard dans le roman. Elle se dit qu’elle profitera de ce séjour forcé pour avancer sur son prochain roman, mais les autres résidents lui offrent rapidement une distraction opportune, et elle se prend au jeu de découvrir ce qui se cache derrière ces personnalités plutôt énigmatiques.

L’écriture d’Anita Brookner est belle et évocative. Elle a le sens de la formule, ses phrases s’articulent brillamment et créent une atmosphère très particulière, feutrée, où seuls les sons des poignées de porte, celui des tasses à thé ou des couverts se font entendre, à l’exception peut-être de la volubile et extravagante Mrs Pusey dont le véritable âge intrigue beaucoup notre héroïne. On a parfois l’impression de se trouver dans un roman d’Agatha Christie, à attendre allègrement les identités de la victime et du tueur. Mais ce huis-clos est avant tout le moyen pour l’auteur d’évoquer différentes facettes de la féminité, et de se questionner sur le statut et le rôle de la femme à l’époque. Que signifie être une femme ? Qu’attendent les autres de nous, et doit-on satisfaire à ces attentes ? Le roman date des années 80, mais les personnages qui y circulent semblent appartenir à une autre époque, plus lointaine. Cela ajoute au sentiment de ralenti dans lequel baigne le roman. Peut-être cette impression rend-t-elle compte de la position de transition dans laquelle la femme se trouve encore et questionne la notion d’indépendance qui lui est associée. Anita Brookner alterne entre la première et la troisième personne, un procédé intelligent et mené avec fluidité qui enferme le lecteur dans ce huis-clos particulier, tout en lui donnant un aperçu des pensées de l’héroïne. Certains passages peuvent sembler un peu longs, mais c’est typiquement le genre de roman qui bénéficierait d’une relecture, moins axée sur le dénouement de l’intrigue et l’histoire du personnage principal que sur le développement des idées de l’auteur ainsi que de son écriture. Je vous le recommande chaudement. Le roman n’est plus édité en français, mais il se trouve facilement d’occasion.

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